Age de Faire

Sommaire du numéro 179 – Décembre 2022

1 / EDITO La sobriété dictée par le marché / Le réemploi, oui… mais solidaire
3 / Librairie militante / Quilombo, an zéro vingt
4 / Méga-bassines une lutte emblématique
Les mots dits : Le seum !
10-11 / REPORTAGE Une foncière solidaire pour réveiller les villages
12-13 / Infographie : pour une transition juste dans les logements
14 -15 / Lorgnettes : logement : “tenir compte de la surface habitée” / Le Principe pollueur-payeur contre l’environnement ?
16-17 / Actus : Rallumons les étoiles !
18-19 / L’atelier- Forum : le dessinateur RED ! interviewé par des collégiens
20 / Fiche pratique : sophrologie pour les ados… et les petits

Dossier 4 pages : Sortir du piège de la bagnole

Nous voilà enfermés dans nos habitacles, pieds et poings liés à une société aménagée en fonction de la bagnole. Pollution, cherté, aliénation… Face aux désastres du tout-auto de plus en plus visibles, on nous fait miroiter des solutions miracles, en particulier celle du tout électrique. Et si l’avenir de nos mobilités ne se décidait pas au salon de l’auto ?

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Le plan de sobriété présenté en octobre est censé incarner la « radicalité » du gouvernement pour mener à bien la « révolution écologique », selon les mots de la Première ministre Élisabeth Borne. L’objectif de ce plan est d’ailleurs relativement ambitieux : faire baisser de 10 % en deux ans la consommation globale d’énergie.

Cet effort de 10% est présenté comme la première étape pour atteindre l’objectif de 40% d’économies en 2050. Enfin un plan à la hauteur de l’enjeu ? On citera le « bonus covoiturage » d’environ 100 euros pour les particuliers. On relève également l’augmentation de 15 % de l’indemnité forfaitaire de télétravail dans la fonction publique, pour que les fonctionnaires se déplacent moins… Et puis c’est tout !
Le reste du plan n’est qu’une série de mesures anti-gaspi auxquelles les entreprises se sont engagées. Fermer la porte quand le commerce est chauffé, couper l’eau chaude quand elle est inutile, etc. Le gouvernement affiche ainsi la bonne volonté des entreprises, jusqu’à préciser des détails qui frisent le ridicule : « former les conducteurs de remontées mécaniques à l’écoconduite », « vérifier la pression des pneus » des véhicules de fonction et, « pour les matchs en soirée, l’éclairage qui est aujourd’hui allumé à 100 % 3 heures avant le match, sera désormais allumé à 100 % au plus tôt 2 heures avant le match pour le football, 1 heure pour le rugby. »
Tous ces engagements pourraient conduire à une baisse de la consommation de l’ordre de 50 TWh (sur une consommation totale d’environ 1 600 TWh), soit 3% d’énergie économisée. Encore faut-il qu’ils soient tenus ! Il s’agit en effet de promesses dans l’immense majorité des cas. Autrement dit, les entreprises font bien ce qu’elles veulent. Aveu de faiblesse de l’État ?

Une grande violence sociale

Pas du tout, répond le gouvernement, qui refuse toute idée de réglementation, pour les entreprises comme pour les particuliers. La limitation à 110 km/h sur autoroute par exemple : « C’est important d’informer sur les économies qu’on peut faire en roulant moins vite, (…) mais on ne peut pas fonctionner à coups d’interdictions », a estimé la cheffe du gouvernement sur BFM, tout en rappelant qu’une telle baisse permettait de « réduire de 20 % sa consommation ». Mais au final, s’il n’y a pas d’interdiction, qui fera l’effort de réduire sa consommation ?
Uniquement les écolos ? Non : beaucoup de gens sont déjà contraints de rouler moins vite, de ne pas chauffer, etc. D’autres, par contre, ont les moyens de se déplacer en jet, d’acheter de très grosses voitures polluantes et de chauffer d’immenses demeures. Le marché est d’une grande violence sociale, car il contraint d’autant plus ceux qui n’ont pas beaucoup de moyens.
Il faut justement des mesures d’interdiction et de réglementation pour équilibrer cet effort : taxer fortement le kérosène des jets privés, prévoir un malus-poids digne de ce nom pour les véhicules, réfléchir à une tarification énergétique par tranches proportionnelles, tenir compte des surfaces habitées pour les aides à l’isolation… Ce n’est pas seulement une question de justice sociale : rappelons qu’en termes d’émissions de gaz à effet de serre, très souvent liées à la dépense énergétique, les Français parmi les 10% les plus riches émettent 24,7 tonnes par personne et par an, quand la moyenne nationale s’établit à 9 tonnes (1).

Qu’est-ce qu’on laisse entendre, quand on dit que « chaque geste compte » ? Que chaque geste se vaut, qu’on se rende à Saint-Tropez pour le week-end en jet, ou qu’on chauffe la chambre de ses enfants. Le marché ne fait pas la différence, le gouvernement non plus.

Fabien Ginisty

1- D’après le rapport du Laboratoire sur les inégalités mondiales, rattaché à l’école d’économie de Paris.

Photo : Pixabay.

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Le 15 juin 2021, dans plusieurs endroits du Limousin, la police antiterroriste a arrêté une dizaine de personnes entre la Creuse et la Haute-Vienne. Douze personnes ont été perquisitionnées, six ont été mises en garde à vue dont certaines pendant quatre jours, trois seront mises en examen sous contrôle judiciaire. Les faits instruits dans l’enquête menant à ces arrestations sont, d’une part, des incendies qui ont eu lieu début 2020 à Limoges sur des véhicules Enedis avec des revendications taguées contre le déploiement des compteurs Linky et, d’autre part, début 2021, près de Limoges, l’incendie du relais des Cars sur des émetteurs de tv, téléphone. Les accusations vont de «destructions en bande organisée » à « participation à un groupement formé ou une entente établie en vue de la préparation (…) d’un ou plusieurs crimes ou délits punis de 10 ans d’emprisonnement », soit la fumeuse « association de malfaiteurs ».

L’âge de faire avait déjà publié un article (lire ici) sur cette rocambolesque affaire en janvier 2022. Marie-Claire, qui a dans ce cadre subi 96 heures de garde-à-vue, suivies d’un contrôle judiciaire très strict, nous a fait parvenir son témoignage : « Je voulais partager cette expérience, tellement incroyable pour la plupart des gens que j’ai besoin de l’écrire et de la raconter, de dénoncer encore et encore cet acharnement policiaro-judiciaire sur des personnes dont les opinions politiques dérangent le pouvoir et/ou la logique capitaliste. »

Tu es à la retraite depuis un an. Tu as été toute ta carrière institutrice, impliquée syndicalement et dans la vie locale. Ta sensibilité pour le vivant t’a amenée à t’intéresser à des problématiques rangées sous l’étiquette de l’écologie. Tu chantes dans des chorales qui donnent de la voix à ces problématiques. Le 15 juin 2021, tu as été violemment interpellée chez toi avant d’être mise en examen sous le chef d’inculpation d’association de malfaiteurs. Est-ce que tu peux nous décrire les conditions de ton arrestation ?

Marie-Claire : Le 15 juin 2021 à 6h15 du matin, je dormais encore. Je m’apprêtais à me réveiller et à aller à l’école pour une dernière ligne droite avant ma retraite, puisque c’était trois semaines avant les vacances scolaires et la fin de ma carrière. J’ai entendu des cris dehors. Je me suis levée et ai regardé par la fenêtre. J’ai vu un spectacle ahurissant. Le hameau était rempli de gens en uniformes, surarmés, avec des cagoules. J’ai eu très peur. J’ai compris que c’était chez mon voisin que ça hurlait. Je suis descendue, paniquée, en imaginant le pire. Je suis sortie et dans le même temps des policiers sont arrivés à ma porte. J’ai demandé : « Qu’est-ce qu’il se passe, enfin ? ». On m’a attrapée, rentrée dans la maison, mis les menottes, assise sur mon canapé et je me suis dit : « Ouf ! Ce n’est pas mon voisin. Il n’y a pas eu de malheur en fait ! ». Je crois que la redescente a été salutaire pour moi. Je ne suis pas retournée en panique et mon cerveau s’est déconnecté en fait. Cette situation était tellement surréaliste. Mon voisin avait été, par erreur, braqué au petit matin, sommé de se jeter à terre avec les mains sur la tête. Il s’apprêtait à partir pour une dure journée de tondeur de moutons. Comme il l’a expliqué par la suite, une part de lui est morte ce matin-là où les policiers, si sûrs d’eux, l’ont traumatisé à vie en croyant pénétrer chez moi. De mon côté, je ne comprenais pas du tout ce qu’ils faisaient chez moi, pourquoi il y avait autant de monde, pourquoi ils m’avaient mis les menottes. On m’a lu un chef d’inculpation avec toutes les accusations. Je ne comprenais absolument rien de ce qui se passait. Ce qui m’importait sur le coup c’était de demander : « Vous faites quoi ? Pourquoi vous êtes chez moi ?» et on me répondait « Ouh ! là ! là ! Mais madame si on est là ce n’est pas pour rien ! On sait tout, vous êtes au courant forcément. » Je ne comprenais rien à rien. J’ai demandé : 

« Mais vous faites quoi là ?

– On va perquisitionner et vous emmener ».

Alors j’ai dit : « Non, non, là, il faut que j’aille à l’école ! » ce qui a déclenché des éclats de rire dans les uniformes et ils ont continué  :

« Vous savez, ce qu’il vous arrive, c’est grave, l’école n’est pas la priorité.

– Oui mais moi je suis directrice d’école et on m’attend ».

Devant mon insistance, ils ont appelé l’inspection de l’éducation nationale pour prévenir. C’était un mardi matin en pleine semaine.

Donc il y a eu la perquisition de la maison qui a duré des heures et des heures. Il fallait que je suive parce que je devais être présente et témoin de ce qu’ils fouillaient, prenaient pour mettre dans les scellés. Tout un protocole complètement dingue qu’on voit dans les films ou qu’on lit dans les livres. C’est à ce moment-là, en observant, que j’ai réalisé qu’il y avait la SDAT (sous direction de l’antiterrorisme), le PSIG d’Aubusson, la police judiciaire. J’ai appris plus tard qu’il y avait des gendarmes qui barraient les routes d’accès au hameau. Cette opération avait commencé très tôt dans la nuit.

Après on m’a emmenée à Limoges, menottée dans le dos pour un voyage de 1h30 avec déviations et erreurs d’itinéraire grâce à l’abus de confiance en un GPS de la part de personnes ne connaissant pas le territoire. Il y avait beaucoup de gens rassemblés dans le hameau et qui étaient apparemment très choqués de ce qu’il m’arrivait. Et ça m’a fait du bien de les voir. Je me suis dit « okay ils m’emmènent à Limoges, très bien, on va suivre, ça va se régler ». Mais pas du tout puisqu’à Limoges je suis restée quatre jours en garde à vue, sous l’ancien régime de l’antiterrorisme qui est maintenant passé dans le droit commun. Et on m’a interrogée longuement. J’ai été accompagnée par un avocat qui m’a beaucoup soutenue et qui m’a demandé de garder le silence. Je ne comprenais rien de ce qu’on me disait et je ne connaissais rien de ce dossier. C’est un droit de garder le silence en garde à vue et je le conseille vivement à tout le monde parce qu’on est dans un état psychologique de choc, on ne sait pas de quoi on nous parle et parce que l’avocat ne connaît pas le dossier lui non plus. Il n’y a que les policiers, en face, qui connaissent le dossier, qui essaient de piéger les gens jusqu’à ce qu’ils s’accusent eux-mêmes. Cest vraiment un travail de psychologie sur les gens et on n’est pas à armes égales avec eux. On est en état de choc, on n’est pas formé ni pour manipuler les gens ni pour résister à ces stratégies de manipulation.

À la sortie de ma garde à vue, la juge, après avoir entendu un résumé de l’affaire par la police, m’a mise en examen sous contrôle judiciaire pour association de malfaiteurs. C’est-à-dire qu’on a des amis qui sont peut-être impliqués dans des actions, des délits, qui se retrouvent au centre d’une enquête et on peut être accusé d’association de malfaiteurs. Ce mot fait très très peur mais ça peut arriver à tout le monde. C’est, pour reprendre un terme que l’on a beaucoup entendu dans un autre contexte, ce que j’appelle “cas contact d’un cas suspect” !

À l’occasion de cette affaire tu as découvert que tu as fait l’objet, pendant plusieurs mois avant l’arrestation, d’une surveillance policière particulière.

Dans les interrogatoires, pendant les 4 jours de garde à vue, on commence à comprendre pourquoi on est là, quelle est la logique du récit policier. Même si ça paraît délirant, il faut essayer de comprendre leur logique à eux, ce qu’ils se sont racontés pour aller me chercher, moi. Et effectivement, on s’aperçoit qu’on a été surveillé. Et puis après, en ayant accès au dossier puisqu’en tant que mis en examen on a accès au dossier de l’instruction il y a une autre violence : on a été suivi, écouté, les courriers éventuellement lus, les domiciles des amis chez qui on était sur écoute, les voitures, les téléphones. Je me suis aperçue que des policiers de la SDAT étaient envoyés à Limoges pour suivre les manifestations. La SDAT sous direction de l’antiterrorisme –, on voit tout de suite des trucs horribles, les attentats, des massacres. Mais il faut savoir qu’il y a un tiers des effectifs qui est dédié à la surveillance des militants notamment ceux qu’ils disent d’ultragauche et/ou écologistes. Alors les agents de la SDAT suivent des gens en manifestation pour voir leur attitude, leurs liens avec d’autres. Ils font du renseignement. Il s’agit de manifestations autorisées, où je suis allée, pour la défense des retraites, du service public, du climat, où en général je chante. D’ailleurs la récolte était maigre : on n’a rien su me reprocher durant ces manifestations.

Après la garde à vue, tu as pu retourner chez toi, placée sous contrôle judiciaire. De quelles contraintes il s’est agi jusqu’à maintenant ? Tu as fait plusieurs fois appel pour obtenir la levée de ce contrôle. Peux-tu nous dire ce que ça implique de vivre avec ça ?

Quand je suis sortie de garde à vue, j’ai été placée sous un contrôle judiciaire sévère : je ne pouvais pas sortir du département de la Creuse, or j’habite à la frontière de trois départements Creuse, Corrèze, Haute-Vienne – et quand on habite sur le plateau de Millevaches, la vie sociale, économique, relationnelle, etc. se déroule sur les trois départements. D’ailleurs ma fille et mon petit-fils habitent à 10 km… en Corrèze. Donc je ne pouvais pas aller voir ma fille ni mon petit-fils ; je ne pouvais pas aller au marché à Eymoutiers (tout le plateau y va), au cinéma Art et essai, à la piscine sans chlore de Saint-Léonard-de-Noblat, bref, c’était assez cauchemardesque. J’avais une vision très traumatisante du territoire avec la Creuse et moi tout au bout, tout près du barbelé qui entourait ce département. Je n’avais pas le droit de participer à des manifestations sur la voie publique, je n’avais pas le droit de voir cinq personnes dont deux inculpée·s et trois qui ne le sont pas, qui avaient le droit d’aller où ils voulaient mais je ne pouvais pas avoir de contact avec ces gens qui ne sont d’ailleurs pas dans mon cercle d’amis. Je devais également pointer tous les quinze jours à la gendarmerie de Gentioux. Je crois que je n’ai rien oublié. Ça a duré six mois. On a fait plusieurs demandes avec mes avocats pour lever ce contrôle judiciaire, ça a été refusé à chaque fois. En faisant appel on a obtenu quelques miettes au fur et à mesure. Les quelques miettes, c’était : d’accord vous pouvez aller partout mais pas en Haute-Vienne. Là, l’image de mon territoire s’est transformée en un vaste espace avec un trou à la place de la Haute-Vienne. Je pouvais quand même participer à un concert de chorale, la juge ayant précisé que manifestation publique ne voulait pas dire un concert de chorale dans la rue ou une place publique, ce qui me permettait de continuer à chanter et à pratiquer une activité culturelle que j’adore. Le reste n’avait pas bougé. Puis dernièrement, ça c’est un peu allégé de nouveau : je peux aller partout en France ; avant je pouvais aller à l’étranger et j’avais uniquement la Haute-Vienne d’interdite, maintenant je n’ai plus l’autorisation pour l’étranger ! Ce sont des écritures. Ils ne se rendent pas compte qu’en nous donnant quelque chose ils nous en enlèvent ; ça c’est… la justice ! Et je dois pointer seulement une fois par mois à Gentioux, ce qui tombe bien parce qu’il n’y a pas souvent de fonctionnaires à la gendarmerie et c’est assez difficile de pouvoir signer le contrôle judiciaire. Apparemment la brigade de Gentioux-Pigerolles est « mutualisée » avec Felletin et Royère-de-Vassivière et, comme partout dans le service public, il y a un manque d’effectifs. Donc, théoriquement, il y a une permanence de 14 à 18 heures le mardi mais, souvent, ils sont en opération à l’extérieur, etc. Donc quand j’allais pointer, souvent il n’y avait personne, je devais sonner, être en communication avec Felletin qui me disait « Ah ! C’est pas possible, il faut appeler ». Donc il faut prendre rendez-vous avec les gendarmes pour signer son contrôle judiciaire !

Précisons que nous sommes dans un département rural, que Felletin est à 25 km de Gentioux et qu’ils ont du mal à mettre en place un contrôle judiciaire avec pointage en gendarmerie. Donc situation kafkaïenne…

Souvent, ils sont agacés eux aussi parce qu’ils doivent faire des allers-retours juste pour me faire signer, ils doivent trouver des gendarmes qui sont en opération ailleurs, je dois revenir le lendemain. Il m’est arrivé de mettre trois jours avant d’avoir un rendez-vous pour pouvoir signer.

Un contrôle judiciaire, théoriquement, sert pour les besoins de l’enquête. Donc c’est pour éviter la réitération des faits avec l’association de malfaiteurs je ne vois pas ce que ça peut être… Il ne faut plus que j’ai d’amis ! Le contrôle judiciaire est aussi mis en place pour éviter une communication entre les inculpés, la préparation d’un récit commun ou la destruction de preuves. Ce sont des interdictions et des obligations qui sont plus ou moins contraignantes pour les personnes. Il faut savoir que le contrôle judiciaire est appliqué à des gens qui n’ont pas forcément une implication énorme dans certains dossiers. On pourrait croire qu’un contrôle judiciaire c’est parce qu’on a des preuves, des éléments vraiment importants pour mettre en examen les gens. En fait non ! Il y a eu un glissement de la Justice depuis quelques années. Dans la logique de « justice », pour être mis en examen, sous contrôle judiciaire, il faudrait que les enquêteurs aient des éléments probants. Maintenant il suffit de faisceaux d’indices concordants, des soupçons de corrélations. C’est très flou.

« Des raisons plausibles de supposer que… »

Exactement ! Le conditionnel est vraiment surexploité. On met en examen, sous contrôle judiciaire voire en détention provisoire, des personnes que les renseignements génér”eux” désignent comme potentiellement « activistes », sans preuves et en foulant aux pieds joyeusement la présomption d’innocence. Quand on croit encore à la Justice, à son fonctionnement, on se dit que les gens placés en détention provisoire ont forcément été pris en flagrant délit ou qu’il y a des preuves. Mais non, pas du tout. Les contrôles judiciaires, c’est pareil, il n’y a pas forcément de preuves. La garde à vue et les arrestations spectaculaires servent éventuellement à recueillir des aveux, faire pression sur les gens, les faire craquer. Une perquisition sert à chercher des preuves, à faire du renseignement, à faire des liens entre les gens, les militants, etc. C’est un peu gratuit, le contrôle judiciaire, en France. Sauf que c’est une atteinte à la liberté des gens, c’est une souffrance psychologique, sans compter les arrestations qui sont d’une violence inouïe.

On peut dire aussi que c’est une forme de punition avant un jugement qui n’interviendra peut-être que dans plusieurs années.

Oui, c’est l’idée. C’est le sentiment qu’on a face à ces mesures arbitraires, injustes. On se dit « ok ils nous détestent ». Ils nous détestent, mais pourquoi ? On essaie de s’opposer à une logique mortifère de ce monde, on essaie de dénoncer des abus sur le vivant, sur les gens, le social, etc. On n’est pas de leur bord. C’est une sorte de punition sans jugement, d’avertissement et de menace sur le seul critère de nos opinions politiques, qu’on n’avait pas cru utile de taire !

Les journaux s’en donnent à cœur joie avec des titres terrifiants et des descriptions de personnes qui sont tout aussi claires que s’ils donnaient leurs noms et prénoms. Encore une violence, médiatique celle-là, tentant de démolir la réputation de personnes pour vendre des journaux en flattant du côté du manche.

Après mon arrestation, le directeur académique m’a suspendue de mes fonctions de directrice d’école et d’enseignante, à titre conservatoire, pour me protéger et protéger le service, a-t-il précisé. Sauf qu’il n’a fait que bafouer la présomption d’innocence à laquelle j’avais droit et m’a volé ma fin de carrière contre mon avis, celui des élus de Gentioux-Pigerolles et des parents d’élèves, qui avaient communiqué à monsieur le directeur académique leur souhait de me voir terminer l’année scolaire dans l’école communale.

C’est une telle violence, sur la violence déjà subie, que je n’ai pas de mots pour décrire mes sentiments d’alors. Une longue période de dépression nerveuse et d’abattement a suivi cette décision cruelle et inhumaine.

En plus de ça, pour te défendre, tu as dû dévoiler une partie de ta vie intime en rendant public le fait que tu avais une relation affective avec une autre personne inculpée dans cette affaire. Comment tu as vécu ça ?

Comme une autre violence, une énième violence. Toute cette affaire n’est que violence de la part de la police et de la justice. En ce qui me concerne, je trouve que c’est un véritable scandale. On n’est plus dans un État de droit. On ne peut plus sérieusement croire ni en la démocratie ni en la justice de ce pays. C’est une orchestration d’injustices, de pressions sur les gens, d’humiliations de la part d’un pouvoir arbitraire, et il faut bien qu’on sente ce poids sur la nuque. Tout est fait pour qu’on le sente bien, à chaque instant. Et effectivement, se faire arrêter chez soi, gardée à vue, mise en examen, placée sous contrôle judiciaire, et après ; qu’est-ce qu’il nous reste pour nous défendre ? Alerter l’opinion publique en disant : « Regardez ce qu’il se passe, ce qu’on nous fait. » Il reste à dévoiler des choses intimes auxquelles ils se sont attaqué, et étaler sa vie. De toute façon, eux, sont allés gratter dans notre vie. Ils ont fouillé partout, alors on le publie aussi parce qu’il faut que les gens comprennent ce qu’il nous est arrivé. C’est difficile de garder dans l’intimité les choses qui ont été violées par la police et la justice, et de demander aux gens de comprendre qu’on est dans une situation terrible. En fait, on est obligé, à un moment, d’expliquer aux gens que dans toutes ces violences et ces injustices, il y a encore une violence et une injustice supplémentaires. Nous avions une relation amoureuse depuis trois ans Anne et moi. Pourquoi la justice a-t-elle utilisé cette information pour faire pression sur nous deux ? Serait-ce de l’homophobie, l’occasion de profiter d’une situation ? Depuis plus de 16 mois, je n’ai pas pu revoir Anne, mise en examen elle aussi. Comment peut-on justifier de séparer deux personnes qui s’aiment, briser leur vie pendant des mois, des années, peut-être sans même leur permettre de s’expliquer sur les faits qui leur sont reprochés ?

Pendant un an, la justice n’a pas eu le temps de nous entendre, et même après un premier interrogatoire, elle continue à nous broyer en silence. Notre relation amoureuse n’est sans doute pas conforme au modèle de la famille nucléaire hétéronormée et peut-être paie-t-on pour ça aussi, en 2022, en France, comme beaucoup de personnes qui pensent et vivent différemment de la norme dominante ?

Nous sommes des victimes parmi tant d’autres de cette machine à élaguer tout ce qui dépasse. Cette souffrance qui nous est infligée depuis trop longtemps maintenant, nous avons décidé de la rendre publique, parce que cette situation n’est plus tenable pour nous. C’est notre intimité que l’on jette en pâture parce qu’on n’a plus le choix, parce qu’on nous la refuse.

Oui c’est, avec toute la retenue que je peux avoir, car malgré ce qu’ils disent – ils m’ont classée dans les ultra je n’sais pas quoi je suis quand même une personne assez réservée et raisonnable, mais c’est une colère qui est en train de monter par rapport à toute cette injustice, à cette mise en scène, à cette violence. Et jusqu’à quand ? Ça fait seize mois ! Mais quand est-ce qu’on me lâche ?

Et, là, tu as déposé un nouvel appel pour la levée du contrôle judiciaire.

Il sera examiné en chambre de l’instruction le 27 octobre. J’ai été interrogée par la juge. Elle m’a questionnée longuement, plus de deux heures, sur tous les points qui me concernent dans le dossier et qui finalement sont assez peu nombreux. Sur un dossier qui fait presque 8 000 pages, je crois qu’il y avait 43 points, enfin c’est une recherche de mots-clef : il y a 43 mots ou choses qui font penser que peut-être… J’étais au courant ou je connaissais des gens. Donc l’interrogatoire, pour moi, s’était bien déroulé. J’avais pu, à l’aide de mes avocats, m’expliquer et renverser tout le récit policier. Parce que quand on vous dit « Ah ! Vous avez parlé du vent au téléphone, c’était dans le mail de revendication », là j’ai dit à la juge : « Beaucoup de gens parlent du vent, qu’il y en ait ou pas, c’est un mot assez courant. » Et tout à l’avenant. Vraiment, le fil est mince pour faire des raccords entre mes propos, mes blagues et cette affaire. Mais voilà, c’est leur logique, c’est le récit policier, c’est le but. Donc je suis sortie du bureau de la juge assez confiante en me disant, ça y est, on s’est expliqué, c’est bon. On a fait une demande de levée de contrôle judiciaire après cet interrogatoire, demande qui a été refusée. C’est à cette occasion que la juge a allégé un peu le contrôle judiciaire en autorisant la France entière et en me faisant pointer une fois par mois, mais en m’interdisant toujours de manifester et de voir 5 personnes, dont mon amie. Donc on a fait appel, évidemment. Je ne veux pas de miettes. Je veux seulement que la juge prenne le temps de lire ce dossier et qu’elle en conclue ce qu’elle doit en conclure : que je n’ai rien à faire là-dedans. Et tout ce cinéma depuis seize mois, c’est tout bonnement scandaleux.

Et maintenant, où en est-on ?

La chambre de l’instruction a décidé le 27 octobre 2022 de lever mon contrôle judiciaire et dans la foulée la juge a ordonné la restitution du dernier scellé (sur 12) encore maintenu, à savoir mon ordinateur.

Mon amie a vu son contrôle judiciaire allégé et nous pouvons donc nous revoir. Il aura fallut plus de 16 mois pour obtenir ce qui était pour moi le minimum d’un point de vue humain !

Je suis toujours mise en examen pour association de malfaiteurs en attente d’un procès ou d’un non-lieu.

J’ai eu la chance d’avoir beaucoup de soutien autour de moi. C’est grâce à toutes ces personnes impliquées dans notre calvaire et notre défense que nous avons tenu mon amie et moi pendant presque un an et demie sans pouvoir communiquer alors que nous avions une relation amoureuse depuis trois ans.

J’ai perdu beaucoup de points de vie dans cette histoire et vais sans doute mettre beaucoup de temps à retrouver mes capacités physiques et surtout psychologiques.

Ces méthodes sont dignes d’un État qui bafoue le droit d’opinion et qui ne supporte aucune contestation. Mais ces méthodes deviennent banales à force d’être utilisées contre tous les militants, surtout s’ils sont de gauche avec un penchant vers l’écologie. Personne aujourd’hui ne peut se dire à l’abri d’une arrestation arbitraire et d’une mise en examen avec comme seuls indices ses opinions politiques.

Je voulais partager cette expérience, tellement incroyable pour la plupart des gens que j’ai besoin de l’écrire et de la raconter, de dénoncer encore et encore cet acharnement policiaro-judiciaire sur des personnes dont les opinions politiques dérangent le pouvoir et/ou la logique capitaliste. La stratégie utilisée est la terreur, avec une mise en scène délirante lors des arrestations, des moyens démesurés, un budget incroyable qui serait tellement utile ailleurs et puis des mois et des mois de privation ou de limitation de liberté qui feront dire à certain·es qu’« il n’y a pas de fumée sans feu… » et le tour médiatique est joué !

Et pendant ce temps-là, les puissants peuvent continuer tranquillement à détruire la vie en toute impunité.

Merci encore à toutes les personnes qui nous ont soutenus sans réserve et qui ont donné de leur temps pour freiner la machine infernale qui essaie de nous broyer.

Le combat n’est pas fini et il nous faudra encore beaucoup de force pour cette affaire comme pour les nombreux autres scandales en cours ou à venir.

Extraits d’interview réalisée par Radio Vassivière,
radio associative du Plateau de Millevaches en Limousin

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Dans la roue des États-Unis, la France a fait déferler la voiture individuelle à partir des années 1960, avec des effets sur l’organisation générale de la société qui expliquent la difficulté à sortir de ce modèle.

« Avant, on croisait les gens parce qu’ils se déplaçaient à pied. On se disait bonjour une fois, on se redisait bonjour le lendemain et on finissait forcément par discuter. Du coup, on se connaissait tous ! Aujourd’hui, je ne connais plus un seul de mes voisins. Je les vois à peine sortir de chez eux, monter dans leur auto et partir je ne sais où. » Entre-temps, René, 90 ans, n’a pas quitté sa maison du Doubs. Le long de la route, du bout de son potager, il a ainsi assisté, impuissant, à l’évolution de la société, dictée par l’essor de la voiture. On ne peut pas dire qu

ÉTALEMENT URBAIN

L’avènement de la voiture individuelle est donc aussi celui du crédit bancaire et de la publicité. Les communicants nous font avaler que la voiture est synonyme de liberté, de gain de temps, et même de virilité – il s’agit déjà de savoir qui a la plus grosse… Une fois le message intégré, il suffit de passer à la banque pour contracter un prêt, puis chez le concessionnaire pour se payer un rutilant bolide. C’est alors que tout se complique, avec des effets en cascade qui finissent par reconfigurer l’organisation globale de la société. « On croit fabriquer des automobiles, on fabrique une société », observait Bernard Charbonneau. (2)
L’un des premiers effets, très visible, est celui de l’étalement urbain. Doté de la possibilité de se déplacer vite et loin, pourquoi habiter à côté de son usine ? Pendant que les voitures sont assemblées, des maisons individuelles poussent à la périphérie des villes, avec un petit jardin pour le barbecue du week-end et un panier de basket accroché au-dessus de la porte du garage. The american way of life
L’État, qui a bien compris le potentiel économique de ce marché, prend à sa charge la construction des routes. Là où elles existent déjà, les véhicules à moteur se les accaparent, poussant les chevaux sur le côté, et confinant les piétons sur des trottoirs étroits, « pour leur sécurité ». Les commerces s’installent eux aussi en périphérie, en prenant soin de créer de vastes parkings pour accueillir leur clientèle motorisée.
La France suivra sensiblement le même chemin à partir des années 1960. Même diffusion de la bagnole, même accaparement de l’espace, même appui politique, mêmes effets sur l’étalement urbain… André Gorz observait qu’« on a éclaté les agglomérations en interminables banlieues autoroutières (…). Pour faire place à la bagnole, on a multiplié les distances : on habite loin du lieu de travail, loin de l’école, loin du supermarché – ce qui va exiger une deuxième voiture pour que la “femme au foyer” puisse faire les courses et conduire les enfants à l’école. (…) La voiture, en fin de compte, fait perdre plus de temps qu’elle n’en économise et crée plus de distances qu’elle n’en surmonte. » (3)

UN TEMPS DE PARCOURS
EN HAUSSE

Les chiffres lui donnent raison. « En France, la distance moyenne entre le domicile et le travail n’excède pas trois kilomètres au début des années 1960. (…) La moyenne du déplacement domicile-travail n’a cessé de progresser depuis, s’allongeant de 1967 à 2010 de 6 à 15 km en France pour un temps de parcours stable, voire en légère hausse » (4).

Et à ce temps de parcours « en légère hausse », il faudrait ajouter celui qui est nécessaire à l’acquisition et au fonctionnement du véhicule. Dès 1975, Ivan Illich calcule que « l’Américain type consacre plus de mille cinq cents heures par an (soit quatre heures par jour, dimanche compris) à sa voiture : cela comprend les heures qu’il passe derrière le volant, en marche ou à l’arrêt ; les heures de travail nécessaires pour la payer et pour payer l’essence, les pneus, les péages, l’assurance, les contraventions et impôts… À cet Américain, il faut donc mille cinq cents heures pour faire (dans l’année) 10 000 km. Six kilomètres lui prennent une heure. Dans les pays privés d’industrie des transports, les gens se déplacent à exactement cette même vitesse en allant à pied, avec l’avantage supplémentaire qu’ils peuvent aller n’importe où et pas seulement le long des routes asphaltées. » (5)
La bagnole, y’en a ras-le-bol ! Mais pour pouvoir en sortir, il va falloir revoir entièrement l’aménagement du territoire, la politique de transports publics, nos modes de vie, nos imaginaires. Une démarche au temps long, qui nécessite de ne pas se laisser bercer par les fausses solutions actuellement prônées par les gouvernements et l’industrie, dont le but est surtout de sauver le business automobile.

Nicolas Bérard

Illustration : Georges Meunier, 1904 © GALLICA

1- Selon l’agence européenne pour l’environnement, les transports sont responsables d’un quart des émissions, et la voiture représente 60 % des émissions de ces transports.

2 – Dans son ouvrage L’Hommauto, publié en 1967, cité par François Jarrige dans On arrête (parfois) le progrès, éd. L’échappée, 2022.

3- André Gorz, L’idéologie sociale de la bagnole, Galilée, 1975.
4- Laurent Castaignède, Airvore ou le mythe des transports propres. Chronique d’une pollution annoncée, éd. Écosociété, 2022.

5- Ivan Illich, Énergie et équité, 1975.

Comment sortir de la bagnole ? Notre dossier complet

Cet article s’intègre dans le dossier du n° 179 de L’âge de faire de décembre 2022, avec pour thème : comment sortir du piège de la bagnole ? Voici l’ensemble des articles composant ce dossier. En route !

 – Sortir du piège de la bagnole

 – En route vers la voiture nucléaire

 – Le lithium dans nos faces

 – Le covoiturage, une bonne recette pour la planète ?

 – La mauvaise blague de la voiture autonome

 – Écologiste, proposons un moratoire sur les ZFE !

 – Les SUV autorisés à rouler à contresens

 – Dès demain, alléger la dépendance

 – Et après demain, comment rendre la voiture inutile ?

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Dans la région des Limoges (Haute-Vienne), l’État a déployé les grands moyens, habituellement destinés à la lutte anti-terroriste, pour tenter de mettre la main sur les personnes ayant saboté une antenne-relais et mis le feu à des voitures Enedis.

« Ils ont employé des moyens impressionnants, et on pense que c’est fait exprès : ils cherchent à faire peur. » Alain est membre du « comité 15 juin », qui soutient les personnes mises en cause dans une vaste enquête portant sur des véhicules Enedis incendiés en janvier 2020 et le sabotage d’une antenne relais aux Cars, près de Limoges, en février 2021.
Ce 15 juin 2020, six suspects ont été interpellés à leur domicile, parfois dès 6 heures du matin, par des hommes cagoulés et armés, avant d’être placés en garde à vue et interrogés par la sous-direction anti-terroriste. Le profil des dangereux « terroristes » : une directrice d’école à quelques mois de la retraite, une menuisière, un retraité de plus de 70 ans…
Pour garantir la sécurité du pays, ces trois-là se sont retrouvés en garde-à-vue durant 96 heures. Le procureur a même demandé le placement en détention provisoire pour deux d’entre eux, accusées de « destructions matérielles en bande organisée portant atteinte aux intérêts de la Nation » et d’« association de malfaiteurs ». En cause : sur le pylône incendié se trouvait également des antennes de la gendarmerie. La demande de détention provisoire a été rejetée par le juge des libertés (JLD), à deux reprises, puisque que le parquet avait fait appel de la première décision. Un contrôle judiciaire strict a été prononcé.

UN TARNAC BIS ?

Sylvie, quant à elle, n’est pas allée en garde à vue, mais fait partie de la dizaine d’autres personnes qui ont été perquisitionnées et entendues. Les enquêteurs se sont pointés ce même 15 juin pour les interroger. « Ils étaient six ou sept. En tout cas il y av ait deux voitures. » Arrivés à 8 heur es, ils ne sont repartis qu’à 13h30. Comme chez les personnes mises en garde vue, du matériel informatique (ordinateurs, clefs USB…) a été saisi. « Un ordinateur, c’est super personnel ! Et c’est dans ces moments-là qu’on s’en rend compte », souffle-t-elle. Les questions ont tourné autour de ses engagements militants, des structures qu’elle fréquente (une association d’aide aux réfugiés, une chorale de chants de résistance, un cercle de réflexion…) ou de son éventuelle participation au média local La Bogue, visiblement dans le viseur des enquêteurs.
Depuis, plus de nouvelles. Les contrôles judiciaires n’ont pas été levés, un des suspects aurait reconnu certains faits, mais l’enquête ne semble plus avancer. On sait pourtant que la sous-direction anti-terroriste est d’une redoutable efficacité : c’est déjà elle qui avait mené l’enquête sur le « groupuscule de Tarnac », l’un des fiascos judiciaires les plus retentissants des 20 dernières années.

Nicolas Bérard
Article publié en janvier 2022 dans L’âge de faire n° 169
Illustration : DR Pixabay

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